L'exposition "Paysages Manufacturés" à l'Aqueduc de Dardilly

15/10/2019

À l’initiative de Margaux Auria et sous la direction du commissaire d’exposition Joris Thomas, douze artistes des Ateliers du Grand Large, membres de l’association Adéra, se sont réunis pour une exposition collective depuis le 20 Septembre à l’Aqueduc de Dardilly (périphérie de Lyon), et ce jusqu’au 18 Octobre 2019. Proposant une sélection très éclectique de leurs démarches artistiques,  tous se retrouvent dans des questionnements qui touchent aux paysages, à l’industrie ou à l’impact de l’homme sur son environnement dans sa globalité.

 

Nous vous proposons une présentation de leur travaux, en espérant que cela vous invite à les découvrir davantage via le site de l’Adéra, leurs sites ou leurs réseaux sociaux.

 

 

Les objets de Merryl Bouchereau se manifestent sous forme d’images en volume et de photographies, mais il est aussi question de duplication de formes discrètes. Placée au rez-de chaussée de l’exposition, l’œuvre Espace Commun_SUP (2019)  prend place. Une large et haute plaque de tôle ondulée, peinte aux couleurs d’un atelier de mécanique, est éclairée par une lampe LED horizontale. Cette lumière crée des ombres et donne vie à la pièce. Emprunte à l’art minimal, la pièce pourrait rappeler les structures éphémères que l’on trouve sur un chantier urbain. Que se cache-il derrière ? Sommes-nous, nous-mêmes, encore en chantier ?

 

 

 

Dans son œuvre vidéo de 25 minutes Rêvent-elles de robots astronautes ? (2017), l’artiste Sarah Del Pino a créé un environnement de science-fiction dans lequel on abandonne peu à peu le monde des humains. Dans un paysage à l’intensité lumineuse lunaire, des vaches laitières sont exploitées par des logiciels informatiques. La seule voix qu’elles entendent est robotique. Inspirée par le roman de science-fiction Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques (1966), l’artiste déplace la frontière entre le naturel et l’artificiel. Nées dans cet univers robotisé, ces vaches évoluent-elles vraiment dans leur lieu naturel ? La nature est façonnée par l’homme, mais où est-il ? Croisant le documentaire et l’imaginaire de la science-fiction, le film questionne cette nature consommée face au futur désert que nous créerons. 

 

 

Clémentine Chalançon oriente son travail artistique vers les questions de la périphérie et des frontières. Sa production artistique varie entre photographie et peinture. Dans son œ​​uvre Tape (2019), la peinture présentée prend pour origine une photographie de l’artiste, un coin pavillonnaire après l’été. Pour l’artiste, « un paysage commence à partir du moment où il y a quelqu’un pour le voir ». Dans son atelier, l’image patiente d’abord pendant plusieurs semaines avant de se révéler. Comme s’il fallait qu’elle en oublie la cause, son lieu, le temps qu’il se serait déroulé pour prendre cette photographie et son invisible cadre environnant. Commence alors un travail de copie, une tentative pour retranscrire en peinture ces couleurs et la clarté qui dégage de cet instantanée, un geste qu’il faut apprendre à contrôler pour s’arrêter à temps. Pourtant de petite taille, la toile nous entraîne dans une réflexion sur la question même de peindre. Sa photographie devait présenter une trace furtive, sa peinture laisse ici la place au temps long et méditatif du geste de l’artiste.

 

 

Léa Bouttier travaille la sculpture, la vidéo, l’écriture et la performance. Pour l'exposition à Dardilly, elle présente le projet 1,9 kg/327 °C (2017-2019). Cinq pièces en plomb issues d’éléments aperçus dans la ville ont été produites, c'est la cinquième coulée. En effet, après chaque monstration les pièces sont refondues à 327°C; Elles se transforment en une nouvelle série d'1,9 KG, correspondant au prochain lieu d'exposition. C'est la même matière qui circule de forme en forme. A Dardilly, Léa Bouttier confie son travail à des habitants. Ainsi, l’œuvre passe d’un espace domestique à un espace d’exposition aléatoire tel que la boulangerie, la rue, ou bien l’espace culturel de la ville (Aqueduc). Les habitants volontaires sont chargés de montrer leur pièce dans leurs mains entre 5 et 30 minutes plusieurs fois par semaine. L’artiste a ainsi délégué son travail pendant un temps limité, créant un rapport de confiance avec ce qu’elle décrit comme des « monstrateurs de sculpture ». L’œuvre est discrète, et jouerait presque à cache-cache avec son spectateur, car elle est invisible si le monstrateur ne se manifeste pas. Seule une édition (un dépliant présentant les œuvres et son protocole) fait acte de présence de l’œuvre dans l’exposition.

 

 

Florence Schmitt s'approprie des histoires, des formes et des objets anodins, principalement issus d’usages collectifs et publics. Son œuvre La place (2019), se compose de huit pièces de polystyrène extrudé aux couleurs douces. Répertoire de formes urbaines prévues pour ornementer la ville (bacs de fleurs ou fontaines), l’absence des végétaux marque ici l’absurdité de ces aménagements. Car il a bien fallu détruire la nature et bétonner, pour enfin placer ces réceptacles de verdure et tenter d’embellir la ville. Fallait-il détruire pour mieux montrer ? Les formes simplifiées d’un juste trait deviennent des pictogrammes au caractère presque ludique. L’artiste s’est interrogée de ces choix politiques pour rendre une ville plus agréable à vivre. Travaillant souvent avec des références théâtrales, elle nous rappelle que la place du village et sa fontaine centrale sont souvent les lieux de scène humaine.

 

 

 

Sabine Leclercq sculpte et dessine dans l’espace par le biais d’agrégats colorés et complexes qui s’érigent. Pour créer son œuvre sculpturale Missing in action (2018), l’artiste a assemblé plusieurs matériaux urbains. Une imposante tige fileté repose sur un bloc de béton cellulaire marqué de couleurs fluorescentes, comme pour rappeler les traçages au sol présents dans les villes. Une tringle à rideau maintient la signature métallique comme une ceinture de sécurité. L’artiste aime travailler la notion du corps dans sa pratique artistique. Ici, la tige érigée à la verticale peut représenter une absence,  elle dessine un territoire dans l’espace, une ligne qui pourrait enrober un corps disparu. Le titre vient aider à la compréhension de l’œuvre. « Missing In Action » est un terme gravé sur les pierres tombales des soldats américains tombés pendant la guerre. La tige en équilibre, si légère, a pourtant besoin de ce socle si lourd pour être maintenue.

 

 

 

Marie Hélène Gobbo s’exprime principalement via des installations ou sculptures volumineuses. Sa démarche artistique questionne la façon dont les gens se réapproprient un environnement normé. Six boîtes aux lettres à échelle humaine composent l’œuvre Nos régions ont du talent (2018-2019). Il y a la savoyarde au toit de bois, la basque au  pilier coloré, ou bien encore la réunionnaise au pied de palmier-bouteille. L’artiste a crée ses pièces en référence aux possibles boîtes aux lettres personnalisées proposées lors d’un achat de pavillon. Au standard reconnu, la boîte dénote et fait sourire l’artiste. D’ailleurs, l’humour est revendiqué par le titre, comme un rappel de la marque populaire de grande distribution. Façonnées à la main grâce à des matériaux de construction, ces pièces traitent aussi de la question de la copie, voire de la déclinaison. Les boîtes aux lettres aux allures de maison deviennent des copies de copies, cherchant plus à évoquer qu’à provoquer l’illusion. Mais ces déclinaisons porteraient-elles des qualités manquantes aux originaux ?

 

 

 

Les recherches de Chloé Devanne-Langlais s’alimentent de sciences, mythologies, histoires littéraires ou cinématographiques, tout comme de culture populaire. Pour son installation in situ Carreau, une trame gris profond (2019) l’artiste a travaillé différents projets. Une partie de la pièce se compose de plaques de plexiglas sur lesquelles sont gravées les étapes de narration de l’histoire d’ « à dans (qui) par pour en vers avec deux sans sous. » Par la suite, l’artiste a créé des impressions 3D représentant les potentielles déformations qui seraient produites sur les mains par l’utilisation des nouvelles technologies numériques. Les couleurs sont vertes et bleues comme pour rappeler les trames bleues et vertes en urbanisme, lieux naturels souvent protégés par la ville. Sur l’autre versant,  des bouteilles de plastique formant un circuit d’eau et abritant des plantes rudérales recueillies sur le site des ateliers du Grand Large terminent la pièce. L’œuvre questionne l’évolution de l’Homme face aux nouvelles technologies, et invite à faire cohabiter nature et innovation. Comment ces plantes vont-elles survivre dans cet espace d’exposition ? Et comment Adam, le premier homme, s’en sortira face aux avancées technologiques de notre époque, face aux problèmes écologiques constatés ?

 

 

 

Julie Escoffier aime travailler des installations immersives dans lesquelles le spectateur est intégré dans le paysage d’exposition de l’œuvre. Dans son œuvre Transfer Matter (2019), l’artiste s’est inspirée des paysages transformés par l’industrie pétrochimique. À l’allure de berges dans lesquelles les polluants chimiques se seraient déversés, l’oeuvre nous invite à prendre du recul sur l’impact de l’homme sur la nature. Trois dytiques de plâtres chargés en éléments chimiques photosensibles sont disposés au sol. Rappelant les techniques de photographies, ces œuvres réagissent à la lumière et au temps, elles sont décrites par l’artiste comme des éléments vivants. L’intérêt de ces œuvres est d’observer une rencontre entre les matériaux, leur influence, lorsque les deux plaques de plâtres et leurs éléments respectifs se rencontrent. Mais aussi comment ils se séparent, se cassent, s’arrachent et crée alors un paysage aléatoire et indépendant. L’artiste parle alors de positif et de négatif. Elle joue ainsi avec une matière qu’elle ne peut pleinement contrôler. Tout comme en psychologie, la question du transfert est double. Dans cette œuvre à l’esthétique paisiblement scientifique,  c’est une histoire de cause et de conséquence.

 

 

Mélissa Mariller mène un travail plastique et théorique qui repose sur le rapport particulier qu’elle entretient avec la matière. L’œuvre SMBR (2019) présentée dans l’exposition est composée de deux assises imposantes. Sur chaque assise, une facette est très rectiligne, comparable à une assise de banc standard, alors que l’autre face de la pièce, son dos, est rythmée par des ondulations et points saillants ; comme s’il s’agissait là d’un versant de carrière, une nature travaillée par l’homme au cours des décennies. Une touche d’humour réside dans l’utilisation de carrelage comme matériau de l’œuvre, puisque c’est un matériau créé à partir de grès et de sable. Aussi, le contraste entre les deux faces, bien que saisissant, ne dérange pas l’harmonie de la pièce. L’artiste ne domine pas le matériau, mais engage une discussion complice, comme un apprivoisement de la matière.

 

 

Margaux Auria développe un travail plastique à mi-chemin entre sculpture et installation. Les matériaux pauvres et objets de récupération sont au cœur de sa pratique. Pour exemple, son œuvre Littoral (2019) est composée de douze cabanons haut-perchés fabriqués grâce à des touillettes à café. Par ce titre, l’artiste fait référence aux différentes activités humaines ayant chamboulées la végétation structurante de ces paysages. Ici, les « carrelets » (maison de pêcheurs) sont placés en ligne, formant comme une frontière rigide face à la mer mouvante et indomptable. Cette mer est d’ailleurs manquante, mais c’est ici une invitation de l’artiste pour imaginer ce manque, très discrètement évoqué par le noircissement du bois à la base de ces pilotis ; comme si la mer venait petit à petit ronger ces habitations de fortune. Avec cette œuvre, l’artiste propose une vision de l’ordinaire, du travail et du précaire, tout en invitant à s’interroger sur la dévastation du littoral par la main de l’homme. Il a détruit la nature, mais n’est ce pas cette même nature qui détruira ces habitats ?

 

 

Camille Pradon investit des champs de recherche liés au corps et à la gestuelle, au langage, à la déconstruction du récit,  à travers une démarche artistique empruntant à différents domaines tels que la littérature, la peinture, l’image en mouvement et la photographie. Habituée à travailler sur le médium photographique, et particulièrement l’argentique, l’artiste est souvent confrontée à l’agrandissement de ces photographies pour réaliser ses scans grâce à un outil numérique. Elle y déniche des points de poussière à nettoyer. En agrandissant des photographies de vue marine, l’artiste s’est cette fois intéressée au point de lumière. Née ainsi la pièce Métaplasme (2019). En allant au bout de l’image, l’artiste parvint à en faire apparaître la trame, son quadrillage de pixels. En cherchant la lumière, la voilà décomposée. L’image se transforme alors en paysage abstrait. C’est un nouveau paysage, un travail de photographie qui interroge le regard du spectateur, et sa mise à distance.

 

 

 

Pour découvrir leur profils sur le site de l’Adéra c’est ici 

Pour découvrir la page Instagram de l’exposition c’est ici 

 

 

 

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