Rencontre avec Alain Garlan, artiste fondateur du collectif Frigo

Une de nos pARTageuses a eu l'occasion de rencontrer Alain Garlan, membre fondateur du collectif FRIGO. Voici son interview pour approfondir vos connaissances avant l'exposition le 8 Mars 2017 au Musée d'Art Contemporain.

Qu’est ce que c’était Frigo ?


Au départ ce n’était pas un concept artistique mais l’opportunité de se retrouver dans cette fromagerie désaffectée dans laquelle il y avait un grand espace que l’on a utilisé pour faire surtout des performances mais aussi quelques spectacles et concerts. C’était un lieu de travail, un lieu d’artiste et de réflexions. On y logeait au début, pas tous mais un petit groupe de base. Au départ on était trois puis petit à petit on a rencontré d’autres artistes internationaux. Cela s’est étoffé, il y avait des gens du business autour de nous parce que l’on a tout de suite fait une activité commerciale de graphisme et de captation vidéo pour des institutions culturelles. Cela nous permettait de vivre et on utilisait une partie de cet argent pour financer notre activité artistique.


Pourquoi avoir choisi le format de la performance, plutôt qu’un autre?


On était intéressé par les actions collectives type happening puisque c’était surtout ça qui était dans la traditions française. Puis aussi les interventions, de type « tréteaux dans les usines », le théâtre militant, l’art dans les quartiers etc. Et donc l’art performance venait plutôt des actionnistes viennois, comme Herman Nitch par exemple. Dans ce cadre là il y avait deux personnes qui on établit l’art performance c’était Orlan, qui est connue, mais aussi un commissaire d’exposition qui organisait à Lyon un festival d’art performance appuyé sur l’Espace lyonnais d’art contemporain qui est l’ancêtre du Musée d’art contemporain. Nous on avait un lieu, plutôt underground, alternatif, donc il nous on proposé de d’accueillir des spectacles et on a rencontré des gens qui nous on passionné et qui on bougé notre façon de penser l’art. On était déjà un peu multimédia mais pas vraiment. On était plutôt théâtre, dans arts plastiques, des cloisonnements finalement par rapport à ce que nous a bousculé l’art performance.


C’était quoi votre parcours professionnel avant Frigo ?


Moi j’étais comédien et metteur en scène. Mes deux collègues, Bourgey et Couty avaient fait la formation de Beaux Arts.


Qu’est ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l’aventure Frigo ? Plutôt que de rester comédien.


Bourgey et Couty faisaient les affiches de ma compagnie. On se connaissait et quand ils ont ouverts les lieux je me suis installé et naturellement j’ai commencé à travailler avec eux. De comédien à artiste il n’y pas de pas, puisque j’étais déjà dans la création artistique.


Est ce que la création collective c’est utopique ?


A l’époque on était dans les années avant 80 donc il y avait un grand espoir collectif. On n’avait pas encore comprit que l’utopie communiste prenant une forme de dictature et que ce n’était pas le système idéal finalement. Intuitivement on l’avait comprit mais on ne l’avait pas mis en œuvre. Donc nous on était pour le travail collectif et de toute façon on s’est vite aperçu que l’on était beaucoup plus fort à plusieurs que tout seul, donc on s’est associé. D’abord entre nous, puis avec d’autre et aussi des gens du business et de l’art. on a ouvert notre lieu a beaucoup d’autres artistes. Et puis on s’est ouvert à l’international. On a vu qu’il y avait des connections en Europe avec des groupes un peu pareil. On était dans une mouvance post-punk que l’on appelé la new wave. Partout en Europe il y avait des groupes collectifs qui était dans la recherche du partage des choses. On essayait de réduire la distance entre le public et nous. Mais cela c’est punk : do it yoursel.


La radio Bellevue c’était Punk ?​

Bien sûre, elle était pirate puisqu’on l’a commencé avant que ce soit autorisé. Cela nous a donné envie de faire de la télé pirate. Le TLM, la télé de Lyon, vient d’une expérience des télés pirates. Pour la radio il y a eut deux périodes : une période où on était vraiment musical et artistique avec des nuits assez chaudes musicalement et artistiquement avec beaucoup d’artistes qui passaient à l’antenne. Et puis après on s’est associé avec des journalistes pour que la radio devienne un peu plus officielle, un peu plus sage et surtout avec un financement plus solide que celui que l’on pouvait tenir nous même. Cela nous a permit de durer un peu mais on s’est fait déposséder et puis virer !


Quel était votre rôle dans ce collectif ?


J’étais plutôt le performer comédien et puis j’ai toujours eu un rôle d’organisation. Dans la production, le management, les relations extérieures avec les institutions culturelles et politiques. Mais toujours en temps qu’artistes. Dans un groupe on se partage les jobs en fonction de ce que l’on sait faire.


Et pourquoi vous avez arrêté en 1989 ?


C’est extrêmement simple : on ne pouvait plus financièrement. Notre structure support, qui était une société anonyme, a du déposer le bilan parce que l’on n’avait plus les moyens de continuer. Et on n’a pas voulu faire croire que l’on avait les moyens, on n’avait plus rien, il fallait arrêter.


Avez vous continué une carrière artistique ?


J’ai continué du côté de la production. J’ai monté un groupe de rock à Vénissieux qui s’appelait le Truck. Puis j’ai monté une société de production et de radio production qui existe toujours, c’est une société principale de la région. Je me suis un peu calmé sur les performances mais j’ai travaillé avec beaucoup d’artistes étrangers et puis après j’ai monté une centre dramatique. Bourgey a eut une carrière de graphiste et peintre, et Couty a été plutôt du côté de l’enseignement en Ecole d’Art en Allemagne.


Cette exposition vous réunit tous ensemble aujourd’hui, est ce que cela vous donner l’envie de faire renaître le collectif ?


Oui, mais le problème c’est que l’on n’a plus 30 ans et chacun a eut des parcours intellectuels et artistiques différents. Cela est complexe de recomposer les morceaux. Pas avec tout le monde mais disons qu’il y a une césure franco-allemande car la façon d’aborder les choses n’est pas la même. Cela ne pose pas de problème pour faire mais pour l’harmonie des relations. C’est à dire que l’on se s’entend pas aussi bien qu’avant. Aujourd’hui cette exposition c’est quand même l’union de nos arts, chacun dans sa spécialité et ce qui est dommage c’est que l’on a pas le même plaisir à faire ensemble qu’il y a 30ans. Le plaisir à faire on l’a chacun individuellement dans sa pratique mais on n'a pas retrouvé l’harmonie. Mais bon n’est pas obligés de s’aimer pour être intelligents ensemble.


Qu’est ce que cette expérience vous a apporté par la suite de votre carrière ?


Ca a changé ma façon de penser les relations et ma façon de travailler. Ce que l’on a inventé à travers le collectif par l’organisation et le mode de production collectif, mais c’était aussi quelque chose d’atypique, multimédia en mélangeant les arts et les disciplines. On a mélangé les choses commerciales, les choses privées, publiques, subventionnées un peu ou pas. Et ce mélange là n’existait pas à l’époque, donc on était dans une catégorie et pas dans les autres. Je pense que l’on a été très précurseur sur le modèle économique global. Cela a changé ma façon de penser. Mais aussi par me relation avec la société. On apprit par Frigo à avoir une pensée autonome y comprit politique. C’est à dire de ne jamais prononcer aucun slogan, de ne jamais pratiquer le main Stream, de ne jamais penser comme il faut, que l’on soit de gauche ou de droite. Il fallait toujours se poser la question de savoir si cela était juste ou pas juste par rapport à soi et la situation. Et cela m’a énormément appris.


Qu’est ce que représente cette exposition pour vous, 30 ans après ?


Comme on s’est arrêté dans un élan, on a pas eu les moyens d’aller au bout de notre histoire. Dans l’histoire de l’art on est un groupe peu reconnu mais on n’est pas un mouvement. On s’est arrêté juste avant de devenir un mouvement artistique avec d’autre. Je ne voudrais pas citer les plus connu mais c’est vrai que l’on était plutôt proche de Dada si il faut en citer un. On n’est pas aller jusque là donc cette exposition c’est l’occasion d’affirmer notre place dans l’histoire de l’art à notre juste place et donc de remettre les choses en ordres. Pour le Musée s’est aussi l’occasion de dire que tout ne se passait pas à Paris, à Londres ou Berlin. Bon à Berlin il ne se passait rien à l’époque mais après oui. Mais avec New York s’étaient les trois places des scènes artistiques et du marché. Nous on s’est toujours placé à côté de ce marché qui ne nous intéressait pas. Ce que l’on voulait s’était « Do it Yoursel ». Pas besoin d’être dans le marché ni de la reconnaissance mais juste le faire. Pour nous, la réalisation était extrêmement importante et on retrouve cela ici.


Pourquoi avoir bénit le caillou ?


Un de nos concept s’était la média-mystique. C'est à dire la mystification des médias. Donc construire des histoires, des stories autour de nos actions. Le Bangkok projet était une histoire en elle même dont le thème principal était la réunion des philosophies européennes et asiatiques. La pierre vient de Stonehenge, pas du site mais des carrières du site. Elle est resté sur le parvis de Beaubourg quelques heures le temps de se faire virer par les flics puis elle est venu à Lyon. Un ami à nous avait des entrées au Vatican donc on a fait bénir le caillou. On l’a aussi fait bénir par le Dalaï Lama. C’était pour que l’action soit inscrite dans la réalité des pays. Transporter un caillou ça surprend tout le monde, cela interroge et quand on comprend ce que cela veut dire ça intéresse même le pape parce que c’est un acte gratuit. Le pape ça à du le faire rire, moi je n’y était pas mais c’était marrant.


Que dire au public qui va venir visiter l’exposition de votre collectif ?


Il ne faut pas nous prendre au sérieux. On s’est beaucoup amusé sérieusement parce que c’est ce qu’il a de sérieux qui est le plus drôle. Il faut regarder ça en pensant à Dada, aux situationnistes, donc à une façon de jouer avec les codes de la société et nous voir comme à côté de ceux à quoi il faut s’attendre. Comme dans un monde un peu parallèle, non institutionnel.











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